
Les labels indépendants étaient à l’honneur dans le Tsugi numéro 45, octobre 2011), le numéro anniversaire des 4 ans du magazine.
60 représentants de labels indépendants français ont posé pour la couverture du magazine , et la rédaction leur a posé à tous une simple question: « pourquoi un label de disques en 2011? »
Voici un florilèges des réponses, permettant de compléter de façon plus personnelle la réponse à « c’est quoi un label? » de l’émission Hors Sillon du mois d’octobre.
GILB’R du label Versatile
« Les moyens de production, de distribution et de promotion donnent l’illusion qu’un label ne sert pas à grand chose aujourd’hui. C’est faux. Etre un label, en tout cas à notre échelle, c’est faire partie d’une communauté, d’une même maison (de disques). C’est partager une vision, une curiosité commune pour la musique, même si celle-ci peut être très différente. I:Cube et Zombie, par exemple, font une musique assez éloignée mais chacun fait découvrir à l’autre des univers ignorés, ce qui influence la musique que chacun fait. Etre sur un label, c’est partager une aventure et ne pas être seul, ce qui, par les temps qui courent me paraît assez appréciable. Faire un label en 2011, c’est être altruiste et noble. »
MATTHIEU GAZIER du label Ekler’O'Shock
« Parce qu’en 2011 comme en 1995 ou en 2032, il y aura toujours des artistes extrêmement talentueux, originaux, qui méritent d’être exposés partout où des oreilles sont tendues. Parce que c’est un métier intellectuellement stimulant et créatif, ce qui devient rare et précieux. »
HARDROCK STRIKER de Skylax
« Parce que la musique est pour moi une question de vie ou de mort »
FRANK RABEYROLLES de Wool
Dans un contexte morose et souvent cynique… domine la volonté de ne pas se laisser gagner par la « lose ». L’idée est simple: sortir des projets et des disques qui ont du sens. Revenir au label en tant que moyen d’expression, outil, plus qu’entreprise avec obligation de réussite. Il faut vivre avec cette idée de survie et en même temps prendre des risques artistiques et surtout s’amuser. »
GREG DELON de WOH Lab
Notre vision du label n’est pas seulement la vente de disques. WOH Lab c’est aussi un point de rencontre familial entre artistes. Nous collaborons essentiellement avec des DJ’s qui nous sont proches. On met un point d’honneur à garder cette proximmité, l’échange est important. »
FREDERIC DE CARVALHO de Absolut Freak
Par simple fétichisme, car poursuivre la production de vinyles et même de CD’s est une réflexion anxiogène qui s’impose fatalement, au regard du marché et de l’évolution vers une société antisupport. Les disques n’entrent pas dans les IPhones et ma petite soeur ne pige pas que je puisse acheter de la musique… Mais j’aime passer pour un paléontologue en exhibant fièrement mes disques ornés de belles pochettes… Et dans 10 ans, j’écouterais « Homework » sur Nostalgie.
MARC TESSIER DUCROS de Record Makers
Pourquoi un label? Pour faire des disques. Parfois nous nous demandons pourquoi nous fabriquons toujours des disques. Vous savez la crise, les labels qui meurent, les stocks qui brûlent, toute cette poésie. Pourquoi insister? D’abord pour vous, chers auditeurs de notre quête inutile. Aussi parce que nous sommes ravis du nom de notre label et n’avons pas envie d’en changer. Mais aussi pour l’émotion que nous ressentons lorsqu’un nouveau disque arrive de l’usine, que nous l’ouvrons et tenons dans nos mains un graal. Bon, tout sera disponible en digital, bien sûr, on n’est pas dingue!
MICHEL NASSIF de 3rd Side
Quand on a accès en quelques clics à toute la musique, nouvelle comme ancienne, un label est plus que jamais condamné à l’excellence. Notre but est de revenir à un véritable rôle de « producteur », au sens anglais et artistique du terme. C’est à dire accompagner les artistes et les aider à tirer le meilleur d’eux-même, leur faire rencontrer d’autres gens, ouvrir leurs horizons, les pousser dans leurs retranchements.
JULIEN MINET de Boxon
Même si Internet facilite l’accès à la musique, il faut aussi la crédibiliser vis-à-vis des professionnels (tourneurs, éditeurs, presse, radio, télés, web). C’est un vrai travail de « fourmi » qui s’opère au sein du label pour que ces productions soient diffusées un maximum.
PHILIPPE COUDERC de Vicious Circle
Je me dis que j’ai raison de le faire même si l’on n’en vend que quelques petits milliers dans l’indifférence quasi généralisée avec les gros médias. Je reste persuadé que la musique aide à vivre et il m’est impossible de me dire que ces musiques ne peuvent plus exister. Alors, tant que je le pourrais, je me battrais pour ces musiques.
ROMAIN ROUFFIAC de Meant
Pour défendre une idée forte et sans concession de la musique, donner de la visibilité à des artistes aux univers et aux personnalités aussi riches qu’inspirants, en leur offrant la possibilité d’être publié et soutenu. En gros pour sortir des disques quoi!!!
TIMID BOY de Time Has Changed
Parce qu’il y a toujours une belle excitation à soutenir et faire découvrir de nouveaux artistes. Parce que l’on croit toujours en la possibilité d’avoir une identité musicale forte et singulière, un univers propre à défendre et développer. Parce qu’une sortie est toujours un challenge empli d’excitation, de stress, de plaisir, avec évidemment quelques déceptions aussi. Et parce qu’il faut être quand même un peu fou pour consacrer autant de temps et d’énergie à un business financièrement sinistré, mais mince, ça fait sacrément du bien!
SEAN BOUCHARD de Talitres
Pour lutter contre une certaine forme de standardisation de l’offre culturelle et à travers celle-ci d’une standardisation de la société.
MATTHIEU COUTURIER de Disque Primeur
Parce qu’il ne suffit pas d’exister sur Facebook pour qu’un artiste se développe.
MARC LINET de Rise
Par sacerdoce, parce qu’il reste tant de mélanges de sons à expérimenter, parce qu’une voix un jour vous obsède, parce qu’un disque en cours d’accouchement donne toujours et encore des frissons, parce que cette révolution numérique ouvre plus de porte qu’elle n’en ferme… Il reste tant d’artistes à découvrir…


2 comments
Pour que les labels indépendants soient plus… indépendants (1/2) « says:
jan 18, 2012
[...] d’allômusic), les micro-structures mettent la clé sous la porte une à une (Voir l’article de Trempo sur la nécessité de conserver ces petites structures). Travaillant en ce moment sur la [...]
Pour que les labels indépendants soient plus… indépendants (1/2) « says:
jan 18, 2012
[...] d’allômusic), les micro-structures mettent la clé sous la porte une à une (Voir l’article de Trempo sur la nécessité de conserver ces petites [...]